Yukio Michima
."La vie est
courte mais moi, je voudrais vivre éternellement." Ce sont
les derniers mots de Yukio Mishima qu´il écrivit au matin
du 25 novembre 1970 sur une feuille de papier. Peu de temps après
, en compagnie de son ami Morita, il se suicide au ministère
de la Défense à Tokyo de manière spectaculaire,
au moyen d'un sabre. "Quand je repense à ces derniers 25
ans, leur vide me remplit d´étonnement. Je peux à
peine dire que j'ai vécu « constatait-il un an avant.
Mishima a eu une
vie bigarrée ,très intensive, encore accrue de par sa
fascination pour la mort.
Yukio Mishima
est né en 1925 à Tokio. Tôt, sa grand-mère
aristocrate et dominante le prit chez elle.
Cloîtré, il mène avec elle une vie dans le luxe,
la maladie et le rêve. Il supporta ses crises de nerfs, apprit
à soigner ses plaies, l'aida aux toilettes, s'habilla en fille
et alla voir avec elle des jeux rituels de Nô et des pièces
mélodramatiques de Kabuki.
Adolescent il se retranchait derrière ses livres et devint
un jeune homme pâle, maigre, particulièrement cultivé,
qui tôt se sut avoir des penchants homosexuels.
Il étudia le droit, se retira complètement dans son
monde littéraire et publia à 24 ans son premier roman
autobiographique « Confession d'un masque ». Du jour au
lendemain ce fut un succès. Mishima s'essaya en tant qu'acteur
cinématographique, écrivit des scénarios et dirigea
la régie.
Il se maria -pour faire plaisir à sa mère- eut 2 enfants
et mena une vie bourgeoise.
Le Hagakure, code de l'honneur, qui naquit au 18ème siècle
de la morale des Samourais, le fascinait et lui fournit un soutien
dans les temps de révolution politique et économique
après la seconde guerre mondiale. Soucieux, Mishima a observé
l'américanisation du Japon et créé en contrepartie
aux mouvements étudiants une armée privée de
cent soldats, qui devaient protéger l'empereur japonais.
« L´argent et le matérialisme règnent, le
Japon moderne est horrible » dira-t-il trois mois avant sa mort.
Son art nous fait faire connaissance avec un monde contraire fascinant.
Le
théâtre Japonais de Nô
Le
premier « non-Japonais », qui vit un jeu de nô,
fut le général américain Ulysses S. Grant.
En 1870, il vint à Tokio et ses hôtes prièrent
le célèbre joueur de Nô Hôshô Karô
de donner une représentation. Il n'aurait pas été
surprenant si l'ancien guerrier s'était endormi mais on raconte
que, plein d'admiration , il s'exclama : « Cela, il faut que
vous l'entretenier et le conserver ». Il est problable que
Grant ne savait pas que justement á ce moment là,
le maintien du jeu de Nô était remis en question.
La forme originaire des jeux de Nô est née de rituels,
qui avaient lieu dans les temples et les sanctuaires pendant les
fêtes de la moisson et en d'autres occasions. Kann´ami
Kiyotsugu (1333-1384) et son fils Seami Motokiyo (1363-1443) ont
transformé ces jeux dans la forme la plus dramatique du monde.
Les jeux de Nô rappellent le drame grec, là aussi peu
de personnes jouent, là aussi il y a une chorale, des danses
et des masques. Mais tandis que le drame grec en cours de déroulement
était de plus en plus réaliste, les jeux de Nô
se transformèrent en une forme artitisque qui n'est presque
que purement symbolique, où le texte des pièces tout
comme les mouvements des acteurs voulaient symboliser des réalités
indéfinissables et inexprimées.
Les premiers jeux modernes de Nô qui eurent du succès
furent ceux de Yukio Mishima. Pour la rédaction de ses romans
et pièces, il s'est inspiré aussi bien de sources
occidentales que de sources japonaises. La fable de son roman à
succès « Le Tumulte des Flots » est inspiré
du sujet de l`ancien grec « Amours pastorales de Daphnis et
Chloé ». Mishima se sent tout aussi attiré par
la structure que par les thèmes des jeux de Nô. Parfois
reprend il purement le thème de base, dans d'autres cas il
conserve même les détails de l'original. Dans la Dame
Aoi nous trouvons comme pendant à l'ancien prêtre,
qui évoque le spectre vivant de Rokujô, une infirmière
dans une clinique moderne, qui ne parle pas de démons mais
de refoulements sexuels. Le prince Genji, le mari d'Aoi, qui n'entre
pas en scène dans l'ancien jeu de Nô, apparaît
dans la pièce de Mishima sous le nom d'Hikaru : Hikaru, le
rayonnant, était un des surnoms du brillant prince Genji.
Le chariot, dans lequel Rokujô et Aoi se disputent la place
d'honneur à la fête de Kamo se transforme en voilier,
sur lequel Rokujô et Hikaru font revivre leur première
rencontre.
«
Un nouveau ton inoui pour raconter s´est établi du
jour au lendemain au Japon. Audacieux et riche en citations, brillament
stylistique, ironique et avec une tendance à la réflexion
tout comme à un genre symbolique de narration. »
«
La vie, cette mer illimitée, pleine de mille choses, riche
en épaves, grave, capricieuse, violente mais aussi claire,
transparente et bleue d'azur » La fantasie féconde
de Mishima, son besoin créateur le laissèrent chercher
tôt une synthèse composée d'éléments
japonais et occidentaux, qu'il a fondu en une propre esthétique
incomparable. La précision incroyable et la finesse de ses
observations, sa virtuosité dans l'arrangement de récits
captivants, sa fête de la vie, de la mort et de la nuit, tout
cela sont les élèments d´un univers esthétique,
dont l'originalité, et les côtés obscurs, font
parties du legs mondial artistique du vingtième siècle.
»
Meta Theater 9/ 2000
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